Historique
Minoru Mochizuki
| MINORU MOCHIZUKI |
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Evidemment durant cette période il eut l'occasion de confronter ses techniques avec les arts martiaux chinois à de nombreuses reprises. Il entreprit également des travaux destinés à améliorer les communications et l'irrigation. Il contribue au développement de sa région. De plus son projet d'irrigation fut complété après la Deuxième Guerre Mondiale par les autorités Chinoises. |
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(7 avril 1907 - 30 mai 2003) 10ème Dan IMAF d’Aïkido 9ème Dan de Jujitsu 8ème Dan de Judo 8ème Dan de Iaïdo 8ème Dan de Katori Shinto Ryu 5ème Dan de Karaté 5ème Dan de Kendo
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| tiré du site www.aikicam.com et diverses sources |
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Gallerie photos
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Entretien avec Minoru Mochizuki Editeur: MOCHIZUKI Sensei, je crois savoir que le premier art martial que vous ayez pratiqué fut le judo. MOCHIZUKI Sensei: Oui, c’est exact. J’ai commencé un an avant d’entrer à l’école primaire. Malheureusement, deux ans plus tard nous avons déménagé et j’ai dû interrompre mon entraînement. De l’autre côté de la rue de notre nouveau domicile, se trouvait un Dojo de Kendo et j’ai commencé à pratiquer cet art. Pendant mes études secondaires j’ai repris mon entraînement de Judo et je n’ai plus jamais arrêté. Comme je voulais me perfectionner dans cette discipline je me suis inscrit au Kodokan. J’étais devenu, l’année précédente, l’élève d’un des professeurs de cette organisation, sampo Toku. A cette époque on disait : “ Pour la technique c’est MIFUNE mais le démon du Kodokan c’est Sanpo Toku . “ C’est un professeur très puissant et plutôt effrayant. Son Dojo se trouvait à komatsugawa. A cette époque je vivais avec ma soeur et notre maison était toute proche. Je m’entraînai pendant environ six mois avant qu’un nouveau déménagement me permettre d’entrer au Kodokan et de devenir Judoka. Je m’étais inscrit au Dojo de SAMPO Sensei en 1924. Pendant que je m’y entraînais avec le “ démon “ Sanpo Toku, j’étudiais aussi une forme ancienne du jujutsu appelé Gyokushin-ryu. Ce système utilisait de nombreuses techniques de sacrifice et quelques autres qui ressemblaient à celles de l’Aïkido. A cette époque le professeur de cette école, Sanjuro Oshima, vivait près du domicile de ma soeur. Il était tout à fait désolé de voir que les styles classiques de Jujutsu disparaissaient et déterminé à éviter la mort de l’art qu’il enseignait. C’est pourquoi il insista pour que je l’étudie avec lui. Je me rendais chez lui, on me servait un délicieux repas, je n’avais pas à payer les cours et l’on me servait ensuite un copieux dîner. C’est ainsi que j’ai étudié le Jujutsu.
Avez-vous reçu un grade dans cette discipline ?
Au bout de six mois, il me donna un diplôme appelé le shoden Kirigami mokuroku, à peu près équivalent à une ceinture noire premier dan de judo. Ce fut la fin de mes relations avec ce professeur, mais je me souviens encore de ses mots: “ Le nom de notre tradition est Gyokushin-ryu. Ce nom s’écrit avec des caractères qui signifient ‘ esprit sphériques’. Une balle roule librement. C’est exactement le principe que notre Ecole cherche à faire assimiler par ses membres. si vous le maîtrisez, rien ne pourra vous renverser. “ A cette époque je n’étais qu’un enfant et je ne pouvais pas bien comprendre ce qu’il voulait dire. J’imaginais simplement un coeur ou un esprit qui pouvait rouler ici et là. Il faut cinquante ans de pratique pour arriver à comprendre. Cela fait des années que je n’y avais pas pensé.
Quels autres arts martiaux avez-vous pratiqués ?
J’ai aussi pratiqué le Kendo. J’ai oublié le nom de mon professeur mais je ne crois pas que j’oublierai jamais ce qu’il ma enseigné. Un jour il me dit ceci: “ A l’âge de treize j’ai participé à le célèbre bataille de Ueno. Regardes-toi! tu as douze n’est ce pas ? Faible comme tu es, comment pourrais-tu, l’année prochaine, espérer tenir un Katana et participer à un combat réel ? “ Voilà qui était mon professeur de Kendo. Puis, en mai 1926, je rejoignais le Kodokan et en juin je reçus le premier dan. La raison est très simple, à chaque compétition je battais régulièrement les ceintures noires qui m’étaient opposées. Je crois que j’avais le niveau de la ceinture noire bien avant d’en recevoir le grade. C’est pourquoi je devins deuxième dan six mois plus tard, dés le mois de janvier suivant. Un an après j’étais troisième dan. je pense avoir eu le niveau de troisième dan avant de le recevoir. Après tout, je pratiquais depuis l’école communale.
A quoi ressemblait l’entraînement au KODOKAN ?
A cette époque, l’une de mes soeurs vivait dans la ville de Tsurumi, Préfecture de Kanagawa, et elle avait la gentillesse de me laisser vivre chez elle. Chaque jour je prenais le train pour me rendre au Kodokan à Tokyo. Puis vint l’entraînement spécial d’hiver appelé Kangeiko. Les cours commençaient chaque jour à quatre heures du matin et duraient un mois entier. Bien entendu, les trains ne roulaient pas à cette heure matinale et la seule solution possible était de marcher. La distance était si grande que je devais partir à minuit pour être au Kodokan à l’heure. Je me revois, mes lourdes getas claquant sur l’ancienne grand’route de Tokaïdo. En approchant du Kodokan je rencontrais d’autres élèves, leur ceinture noire sur l’épaule arrivant d’autres endroits. Certains se trouvaient devant moi et j’étais en route depuis minuit mais je n’allais pas les laisser me battre et je commençais à courir. En me voyant faire ils accéléraient à leur tour! De toute façon, je finissais par courir et marcher pendant tout le trajet et j’arrivais au Kodokan dégoulinant de sueur. Il y avait un petit puits mais sa surface était gelée. J’avais pris l’habitude de casser la glace et de m’asperger des pieds à la tête puis de courir vers le Dojo. Un jour, en arrivant au puits, mon seau habituel maquait. Quelqu’un avait dû oublier de le mettre en place et je n’avais pas le temps de le chercher. Aussi, je décidai de sauter dedans et d’y rester quelques secondes. Au moment où je sortais, quelqu’un me pris la main pour m’aider, et vous ne devinerez jamais qui c’était. C’était MIFUNE en personne ! J’était plutôt surpris et je me crispai. Evidement, je sortais de la glace. Je réussis tout de même à lui dire bonjour; il me regarda dans les yeux et me demanda: “ Que diable es-tu en train de faire ? “ Je lui répondis en baissant les yeux que je me rinçais dans l’eau. Il eut peut-être pitié de moi car il me donna une petite serviette pour me sécher et me demanda pourquoi je barbotais dans l’eau glacé à une heure pareille. Je lui expliquais ma longue marche journalière depuis Tsurumi et il me dit : “ Ce soir tu resteras chez moi. Espèce de fou, tu vas te ruiner la santé en faisant ça !” A partir de ce jour j’habitai chez Maître MIFUNE. En pratique je dépendais de lui comme des centaines d’autres étudiants qui vivaient à ses frais pour apprendre le Judo, mais bien sûr, Sensei ne pouvait pas les recevoir tous chez lui. A mon arrivée, il hébergeait déjà trois étudiants et je partageai une chambre de six mètres carrés avec deux autres garçons. Et ils étaient énormes! J’avais juste la place de dérouler mon matelas et de m’étendre entre eux pour dormir. Il faisait bien chaud au début de la nuit car j’avais leur couette qui débordait sur moi, mais quand ils se retournaient, elle partait dans des directions opposées et je me réveillais complètement gelé.
Quelle sorte de relations aviez-vous avec MIFUNE Sensei.
Dans la journée, le professeur nous racontait souvent des histoires concernant les différents arts martiaux. C’était excellent pour moi et me permettait d’apprendre en quoi consistait le Judo. On a souvent dit qu’à cette époque il était impossible d’obtenir une licence d’enseignement en étant externe. En d’autres termes, un élève venant seulement aux cours de l’extérieur ne pouvait jamais recevoir un certificat de menkyo Kaiden, correspondant à une maîtrise d’enseignement. Les externes ne s’entraînaient que quelques heures par jour et retournaient chez eux, mais les uchideshi quant à eux étaient présents en permanence et pouvaient écouter les différentes histoires racontées par le professeur. J’ai vraiment beaucoup appris de cette façon. Nous finissions par comprendre les idées philosophiques et les principes sur lesquels se fondait notre art.
Pourriez-vous nous parler un peu de la personnalité de KANO Sensei et de ses théories ? Je vais vous raconter une histoire à son sujet. Parmi ses élèves se trouvait un excellent homme du nom d’Okabe, qui était très intelligent et très fort en Judo. Cependant, M. Okabe affirmait que le Judo était un sport. Cependant, M.Okabe affirmait que le Judo était un sport. Il disait: “ Le Judo est un sport ou ce n’est rien du tout! “ Maître KANO aimait beaucoup cet élève mais il ne voulait surtout pas que sa création devienne une simple activité sportive. Comme vous le savez, il existe en occident des églises qui enseignent aux gens comment vivre une vie morale. Au Japon, nous n’avons aucune institution similaire qui soit capable de donner aux jeunes une éthique, si bien que KANO Sensei conçut le Judo comme une forme d’enseignement physique qui incorporait un entraînement moral. Il le fit à une époque où les étudiants travaillaient comme des fous pour leurs examens et tombaient souvent malades. Un grand nombre mouraient d’affections pulmonaires.
Le do du mot BUDO introduit une notion très particulière de moralité ou de vertu
KANO Sensei transforma les anciennes techniques de Jujutsu en Judo; il fit de ces techniques un sport, c’est-à-dire qu’il introduisit quelque chose comme une pratique sportive dans l’atmosphère très particulière que l’on trouvait dans les dojos d’arts martiaux. Il y avait une distinction marquée entre les anciens et les débutants et des choses de ce genre. C’est ça un Dojo, un endroit où l’on cultive tout en s’entraînant à une technique martiale. Il est tout particulièrement concerné par cette notion. C’est pourquoi cet étudiant et KANO Sensei avaient des discussions tellement animées. Sensei pouvait expliquer son point de vue aussi longtemps qu’il le voulait, l’élève faisait des commentaires de genre: “ Un art à moitié moral est inacceptable. La façon de gagner ou de perdre est un sport et le développement de la personnalité est autre chose. Il n’y a nul besoin de se préoccuper de morale quand on effectue une activité intense.” Plus tard, cet homme reçut un diplôme de moniteur d’éducation physique. Il avait une approche beaucoup trop théorique. Mai tout cela faisait réfléchir KANO Sensei. Si quelqu’un pratique exclusivement le Judo, il se peut que son art devienne purement un sport. Pour cette raison il introduisit au Kodokan un entraînement dans les arts martiaux classiques et fit construire à cet effet un dojo spécial. Il voulait donner à tous une idée de ce qu’étaient les anciens budo et ceux qui étaient intéressés pouvaient s’entraîner librement. Il pensait que s’il pouvait nous amener à comprendre le véritable esprit des arts martiaux traditionnels, nous pourrions le développer en nous par la pratique. C’est la raison pour laquelle il en vint à créer le Kobudo Kenkyukai ( Association de recherche dans les Arts Martiaux Classiques ).
Comment avez-vous été amené à faire partie de ce groupe ?
Pendant tout ce temps j’habitais chez MIFUNE Sensei et je ressentais le besoin d’entreprendre un développement spirituel. Aussi je décidai de rejoindre ce groupe de recherche. A cette époque j’étais aussi deuxième dan de Kendo et je connaissais déjà les techniques d’escrime, les déplacements et l’extensions des bras. J’avais une formation très différente de ceux qui n’avaient étudié que le judo. C’est pourquoi KANO Sensei me remarqua après quelques séances d’entraînement dans les arts classiques. Tu as l’étoffe d’un enseignement “me dit-il. Il me demanda par la suite de lui faire un rapport mensuel de mes progrès. Un jour que je m’acquittais de cette tâche, Sensei me dit: “ Dans le futur, tu seras l’un des grands professeurs du Kodokan.” J’étais abasourdi. A cette époque, dans l’enseignement, les “ grands “ étaient MIFUNE Sensei et Sanpo Toku Sensei. Je me demandais vraiment si je pourrais atteindre un jour une telle compétence. Une autre fois, alors que j’avais terminé mon rapport KANO Sensei me posa la question suivante: “ Comment comprends-tu le caractère ‘ju’ dans judo ? “Je répondis qu’il signifiait “ flexible “ ou “ souple “. Il me questionna encore. Tu crois pouvoir pratiquer le Judo en étant seulement flexible ou souple ?” Là, il me tenait. Bien sûr, en étant seulement souple on était certain de perdre à chaque fois. Le professeur continua: “ Ce que tu fais n’est pas du Judo, c’est du godo ( voie de la dureté ) et ça ne va pas du tout. Dans la flexibilité il y a de la rigidité et réciproquement. Le Jujutsu est la méthode qui permet de contrôler ce que nous appelons dureté ou souplesse en intégrant ensemble ces deux concepts . “ A l’époque je n’étais qu’un gamin de vingt et un an et j’écoutais, croyant comprendre ce qu’on me disait et pourtant je ne comprenais rien. Bien que “ ju “ soit une notion très rationnelle, c’est aussi un concept intellectuel très difficile. Il semblerai que KANO Sensei ait attaché beaucoup d’importance à votre éducation morale. Avez-vous d’autres souvenirs de KANO Sensei et de ses conceptions philosophiques ? En une occasion, je pris part à un tournoi de Judo à l’Université du Japon et je gagnai. Le même après midi il y avait une autre compétition à l’Université de Meiji et je la gagnai aussi. Me voilà avec deux médailles en seul jour ! J’étais encore bien jeune et tellement heureux de mes victoires que j’oubliai complètement mon rendez-vous avec KANO Sensei et rentrai tout droit chez moi. Ma soeur me demande si j’avais pensé à rendre visite à mon professeur. Je sortis en courant et sautai dans un train tellement vite que j’oubliai de prendre mon portefeuille. Tête basse, je réussis à convaincre le contrôleur de me laisser passer et le problème se renouvela encore une fois car j’avais un changement. C’est très difficile de monter dans un train quand on sait déjà que l’on n’a pas d’argent sur soi. J’expliquai mes problèmes une fois de plus et le responsable eut la gentillesse de m’autoriser à voyager gratuitement. Je n’oublierai jamais ma gêne intense. En fin de compte, j’arrivai chez mon professeur à quatre heure trente alors que mon rendez-vous était pour deux heures. Maître KANO était un homme très occupé. Il organisait ses journées à la minute près. Je pensais à tout cela en me présentant chez lui avec un tel retard. A cette époque, il avait soixante-dix ans et pourtant il enfila un hakama pour me recevoir, moi qui avais cinquante ans de moins que lui ! Il me fixa pendant quelques secondes et me demanda si je n’étais pas malade. Je lui expliquai comment je venais de gagner deux médailles. Il dût déceler un soupçon de fierté dans ma voix et son attitude changea du tout au tout. “ Pourriez-vous me dire ce qu’étaient au juste ces compétitions ? “ J’avais gagné et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi il n’était pas heureux de mes victoires. Il continua: “ Le mot shiai s’écrit avec des caractères qui signifient ‘s’entraîner ensemble’. Shiai fait partie de notre art pour nous permettre de mesurer les limites de notre force à un moment donné dans le temps. Vous avez vraiment besoin de deux compétitions dans la même journée pour cela ? “ Je n’y étais allé que pour gagner. Je n’avais pas eu la moindre intention de mesurer ma force. Sensei continua alors: “ Vous avez une compréhension incorrecte du Judo. La compétition n’est pas une sorte de jeu que l’on pratique pour s’amuser. Avec ce genre d’attitude vous ne serez jamais un bon instructeur. “ Bien qu’un abîme nous ait séparé, KANO Sensei avait déjà commencé à me former pour devenir un moniteur.
Comment avez-vous rencontré Morihei UESHIBA Sensei?
A peu près à la même époque je pratiquais le Katori Shinto-ry ( dans la cadre du Kobudo Kenkyukai ). Cet art comprenait des techniques de sabres, de bo ( bâton ), de naginata ( hallebarde ), de Yari ( lance ), de sabre court, de sabre court, de jujutsu et des exercices avec les deux sabres. Je pratiquais toujours le Kendo et je m’entraînais dans différents dojos de cinq à six heures par jour . Avant le petit déjeuner j’étudiais le Shindo Muso-ryu jojutsu ( techniques traditionnelles de bâton ). Je progressais très rapidement. A peu près à cette époque, KANO Sensei fut invité par l’amiral Isamu Takeshita à une démonstration donnée par Ueshiba Sensei. Il fut très impressionné et demanda à Maître Ueshiba de bien vouloir accepter d’entraîner quelques-uns des élèves qu’il souhaitait lui envoyer. C’est ainsi que je fus désigné.
Pourriez-vous nous donner votre première impression en arrivant au Dojo UESHIBA
J’ai tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’une activité de plus à mon emploi du temps déjà très chargé. KANO Sensei nous avait dit: “ L’autre jour j’ai eu la chance de me rendre compte par moi-même du niveau technique d’un professeur de jujutsu du nom de Ueshiba. Son exécution des mouvements est merveilleuse. J’ai eu l’impression de découvrir les véritables principes du Judo. J’aimerai bien que Ueshiba Sensei vienne enseigner ici au Kodokan, mais c’est un Maître célèbre à part entière et c’est impossible. C’est pourquoi je me suis arrangé pour envoyer quelques-uns de nos élèves étudier avec lui.” Je compris à son regard appuyé qu’il aurait voulu que j’y aille. Finalement, un autre garçon nommé Takeda et moi-même furent désignés. C’était en 1930, Maître Ueshiba n’avait pas encore de dojo à lui et il enseignait dans le salon d’une maison privée du quartier de Mejiro à Tokyo. Cependant, peu de temps après notre arrivée nous nous sommes installés dans le dojo d’Ushigome ( site de l’actuel Hombu Dojo, à Wakamatsu-cho ) qui venait d’être terminé. A cet époque, deux autres uchideshi, Hajime ( Ikkusai ) Iwata de la préfecture d’Aichi, un garçon qui était initialement lutteur de Sumo, et le jeune Tsutomu Yukawa, s’y trouvaient. Nous étions à peu près cinq ou six. Ueshiba Sensei me dit, alors que j’étais vraiment le nouveau venu: “ Ces pensionnaires sont encore très jeunes et j’aimerais beaucoup que tu sois leur superviseur.” J’avais environ vingt-quatre ans à cette époque. Après cette demande, au cours d’une entrevue avec Maître KANO je lui dis:” Ueshiba Sensei semble avoir une haute opinion de moi et je deviendrai menkyo Kaiden en rien de temps. Que pensez-vous de sa proposition de demeurer chez lui pour m’occuper d’un groupe d’élèves? “ KANO Sensei répondit:” On dit que les autorisations d’enseigner ne sont jamais données aux externes et, dans cette mesure, il n’y a pas d’autre solution. N’oublie pas de me faire ton rapport mensuel. “ J’avais donc la permission de devenir uchideshi. La seule condition qui m’était imposée était de continuer à participer au groupe de recherche sur les arts martiaux traditionnels. Je devins ainsi l’un des assistants de Ueshiba Sensei. Et vous savez, il ne me disait jamais directement fais ceci ou fais ça. Quand il montrait une nouvelle technique, Sensei corrigeait individuellement les autres élèves mais jamais moi. J’observais le mouvement effectué par le professeur et je le reproduisais exactement. Il avait coutume de dire que j’étais celui dont il n’avait vraiment pas à se préoccuper. Il me suffisait d’observer pour comprendre. J’avais déjà pratiqué pas mal d’arts martiaux et je pouvais assimiler aisément les techniques nouvelles. Un jour, l’amiral Takeshita m’appela. Il désirait m’informer que Ueshiba Sensei envisageait de faire de moi son gendre et de m’adopter en me donnant sa fille en mariage et la permission de porter son nom. Que faire? Le Katori Shinto-ryu m’avait déjà fait la même proposition et le président d’une firme de produits pharmaceutiques proche du domicile de ma soeur s’était déplacé jusqu’à ma ville natale de Shizuoka pour demander la même chose à ma famille et c’est à peine si, en dehors de mes soeurs, je leur adressais la parole. Je n’avais certainement jamais pensé à me marier et je refusais finalement les trois propositions.
Vous est-il arrivé de rencontré Sokaku TAKEDA Sensei?
La seule fois que je rencontrai Takeda Sensei fut à la fin des travaux du dojo Ushigome. Ueshiba était parti et m’en avait confié la garde jusqu’à son retour. Sensei, son épouse, son fils Kisshomaru et M.Inoue étaient tous partis. Et qui arrive juste à ce moment? Sokaku Takeda Sensei. Il hurla d’une voix effrayante: “ Ueshiba, êtes-vous là? “ En sortant, je trouvait cet espèce de grand-père qui se tenait devant la porte d’entrée. Je lui dis poliment. “ J’ai bien peur que tout le monde soit sorti. “ “ Oh! “ dit-il, et il entra comme chez lui. Il commença par faire la tournée de toutes les pièces, me fit ouvrir toutes les portes à glissière, même celles de la cuisine et de la chambre de Madame Ueshiba ! Finalement il s’assit à la place d’honneur, dans le tokonoma ( alcôve ) et me demanda du thé vert. Au moment où j’allais mettre les feuilles dans la théière il arriva derrière moi en courant et me dit: “ Non, arrêtes! Je le ferai moi-même “. Vous savez, les sortes de louches que l’on emploie pour puiser l’eau? Et bien il les saisit et les mit dans les flammes du feu pendant un moment. Il mit ensuite les feuilles dedans et commença à les faire griller. Il faisait du senjicha, du thé rôti. Ensuite, sans utiliser la théière il mit l’eau chaude directement dans les louches. Il versa alors le thé dans les tasses et me demanda de boire. Je lui dis poliment: “ Après vous Monsieur. “ Mais il hurla: “ Quand tu sers du thé l’étiquette veut que tu goûtes en premier.” C’était la première fois que j’entendais parler d’un e telle chose. Il n’avait même pas confiance dans le thé qu’il venait de préparer lui-même ! Il était vraiment étrange. Il me demanda ensuite s’il y avait des gâteaux ou quelqu’autre chose à grignoter. Il fouilla lui-même dans les placards, trouva une boîte et se servit tout seul! Cette fois encore, il m’obligea à en manger un morceau avant lui. “ Quand tu sers un invité, tu dois manger un morceau le premier pour lui montrer que ce n’est pas empoisonné, “ expliqua-t-il. Je dus m’exécuter. A ce moment il prit le gâteau qui était juste à côté du mien et l’avala. Il était très prudent, et j’étais très surpris. Il commença ensuite à me parler d’une ancienne demeure seigneuriale. “ Le château de Mizuno était bien par ici ? “ demanda-t-il. Il voulait parler de la propriété de Jurozaemon Mizuno, Un vassal de haut rang qui était connu pour avoir étalé sa puissance et vivait cent cinquante ans plus tôt. Curieusement, il en parlait comme si c’était hier ! Je lui répondis que j’avais entendu parler d’un endroit appelé Mizuno no Hara. Takeda Sensei me raconta alors cette histoire. “ As-tu déjà entendu parler de l’époque où Shunzo Monomoi de l’école Kyoshin Meichi-ryu et Kenkichi Sakakibara du Jikishin Kage-ryu furent appelés par l’Empereur Meiji qui leur demanda de couper avec leur épée un casque Myoshin, connu pour sa solidité ? En terme d’adresse les deux hommes avaient la même valeur mais ils utilisaient des armes différentes. Leurs épées n’avaient rien de commun! Shunzo Momonoi utilisa le Katana qu’il portait tous les jours tandis que Sakakibara employa une épée qui avait une lame semblable à celle d’une hallebarde géante ( onaginata ). Sakakibara réussit à couper le casque mais cela était dû à la différence entre les armes, pas à une compétence supérieure. “ Il m’obligea à rester assis et à l’écouter et comme il semblait défendre Momonoi, je tirai la conclusion qu’il avait dû être l’un de ses élèves. Au moment où j’allais lui poser la question j’entendis un appel venant de l’entrée. J’allai voir et découvris un chauffeur de taxi. Il semble que Takeda Sensei n’avait pas payé sa course et le conducteur se demandait ce qu’il devait faire. Je lui demandai de m’expliquer ce qui s’était passé et me répondit: “ J’ai pris ce vieil homme en charge il y a quelque temps devant la station de Ueno. Il m’a dit simplement ‘Oh’ et il est monté. Mais à peine en route il a voulu aller voir la zone d’Asahigashi et les terrains repris sur la mer. Je lui ai dit que c’était dans une toute autre direction depuis Ueno et que un yen ne suffirait plus pour la course, que ça lui en coûterait plutôt deux. Quand je lui ai dit que le prix de la course avait doublé, il est réellement effrayé. “ Vous savez, dans ce bâton qu’il porte il y a une épée. Je l’ai vu devant la station d’Ueno. J’attendais un client et ce vieil homme est arrivé. Il y avait un gros chien qui s’est approché de lui et il l’a tué. D’un seul mouvement, comme ça! “ expliqua-t-il. “ Le chien n’a même pas eu le temps de faire un bruit. Il était mort sur le coup, percé en plein coeur. “ Après avoir vu cette démonstration, quand Takeda se mit en colère au sujet du prix de la course, le pauvre homme ne savait plus que faire et le laissa partir. Je n’avais pas le choix ! Je réglai le prix de la course. Depuis, je peux dire que le célèbre Takeda me doit deux yens. J’espère au moins que cela m’assurera une place dans l’histoire! Plus tard, je regardai attentivement la canne qu’il avait soigneusement posée dans le tokonoma et je vis clairement que l’extrémité était une lame de lance. De toute façon, les terrains de Asahigashi étaient l’endroit où s’était élevé l’ancien dojo de Momonoi et c’est la raison pour laquelle Takeda Sensei voulait le visiter, en route vers celui de Ueshiba Sensei. Un peu de nostalgie je suppose. Curieusement, dans les biographie de Takeda Sensei il n’est jamais fait mention de Momonoi. Bien au contraire, c’est l’école de Sakakibara qu’il fut admis et qu’il étudia le Kendo. Tout cela est bien étrange. D’autant que Takeda me dit qu’à l’âge de dix-sept ans il avait fait une compétition avec Momonoi et que “ sur trois manches il en avait gagné deux. “ Mais il ne souffla pas mot de Sakakibara. Je crois me souvenir d’une conversation qui dura trois heures. Il se détendit petit à petit tandis que le temps passait. Il se plaignait de son Kimono trop chaud et commença à le retirer pour sécher son corps en sueur. Il portait une longue bande d’étoffe enroulé autour de sa taille et comme il la défaisait une courte lame d’épée tomba sur les tatamis. Cette lame nue n’était même pas dans un fourreau, mais simplement prise entre deux couches d’étoffe. Je jetai instinctivement un coup d’oeil au ventre du professeur et remarquai un grand nombre de cicatrices. Il était très âgé et sa peau était toute plissée et cela ne devait pas être facile de mettre cette lame nue à sa place et de la sortir ( sans se couper ). Mais ça ne semblait pas le gêner du tout. Cette fois-là, Takeda Sensei passa une semaine au dojo. Un jour, M. Kamada nous dit: “ Que pouvons-nous faire avec un vieil homme comme lui ? Il demande à jouer au Shogi mais il y joue mal. Quand tu veux prendre son roi Il le sort de l’échiquier de la main gauche ! “ Il était très agressif et il détestait perdre. J’ai gardé de lui une très mauvaise impression. Son fils continue à enseigner dans l’île d’Hokkaido. Il est encore assez jeune si bien que son père devait avoir près de soixante ans quand il est né.
Je crois savoir que vous avez crée votre propre dojo à Shizuoka en novembre 1931. Comment cela est-il arrivé ?
A peu près à cette époque je tombai vraiment malade. C’était tout bonnement du surmenage. J’arrêtait toute pratique pendant un mois et je passai mon temps à dormir. KANO Sensei était très inquiet à mon sujet et alla jusqu’à appeler un hôpital et décider que le Kodokan prendrait les frais à sa charge. Mais mon frère arriva de Shizuoka pour me ramener chez nous et j’exprimai ma profonde reconnaissance à Maître KANO pour sa grande bonté puis nous quittâmes Tokyo. Je fus admis à l’Hôpital Municipal de Shizuoka et y restai trois mois. Je souffrais de pleurésie et de tuberculose que mon état s’améliorait. Cette même année, mon frère et quelques autres construisirent un dojo au centre de la ville. J’imagine qu’ils avaient peur que je meure si je retournais à Tokyo. Quoi qu’il en soit, ils décidèrent, à ma sortie de l’hôpital, que je devais recommencer doucement en donnant des cours à des jeunes gens de la région, pendant toute ma convalescence. Quand ils apprirent cette décision, Ueshiba Sensei, l’amiral Takeshita, le général Miura, Harunosuke Enomoto Sensei, Yasuhiro Konishi Sensei et beaucoup d’autres, eurent la gentillesse de se déplacer et d’être présents à la cérémonie d’ouverture du dojo. Après cela, chaque mois, quand Ueshiba Sensei allait enseigner au dojo de la religion Omoto à Kyoto, il s’y arrêtait sur le chemin du retour. Quand il me rendait visite, j’essayais toujours de faire de mon mieux pour le servir. Je dormais avec lui dans le dojo. Je me levais généralement très tôt pour préparer son petit déjeuner, mais parfois c’est le Maître qui décidait de préparer le riz et qui sortait acheter du tofu pour la soupe ou toute autre chose. J’avais l’impression, quand nous faisions ainsi la cuisine, que nous étions beaucoup plus comme deux amis en train de camper ensemble. Un matin, après une nuit passée dans le dojo, Sensei se lava et me dit: “ Mochizuki, il y a quelque chose de bizarre dans cet endroit. Il a une rivière qui passe sous cette maison !” J’ai pensé à une plaisanterie et je lui dis qu’il n’y avait pas la moindre rivière au centre de la ville. “ Je sais “ dit-il “ mais il y a de l’eau qui coule là-dessus et c’est un fait certain. “ J’oublierai l’incident que je mis sur le compte de la manière curieuse de s’exprimer qu’avait parfois O-Sensei et je n’y pensai plus. Environ un mois plus tard, des gens sont arrivés d’une maison toute proche et m’ont dit: “ Nous sommes vraiment désolés, mais il faudrait que nous creusions un trou au milieu de votre dojo. “ Je leur demandai pourquoi diable ils voulaient y faire une chose pareille et ils me dirent qu’une conduite d’irrigation passait directement sous la salle d’entraînement, que des détritus avaient dû la boucher et que l’eau ne pouvait pratiquement plus couler. Pourtant, Sensei avait réussi à déceler dans son sommeil le bruit que faisait ce filet d’eau alors qu’il était impossible d’entendre le moindre bruit. Il fallut enlever le plancher et creuser la terre pour retrouver finalement une plaque d’égout en fonte, qui une fois retirée permit d’ôter les débris qui bouchaient le conduit. Des choses comme ça arrivaient très souvent avec O-Sensei. Il arrivait que Maître Ueshiba passe deux ou trois jours à Shizuoka. Il avait tendance à rester plutôt que de rentrer chez lui et parfois son fils, Kisshomaru, était obligé de venir le chercher. O-Sensei aimait beaucoup mon dojo et je crois qu’il avait de l’affection pour moi. Il aurait voulu que j’épouse sa fille mais mon ambition était de voyager et j’avais jugé préférable de décliner son offre. En 1932, il me donna deux manuscrits de transmission de sa méthode. L’un d’eux avait soixante centimètres de long et l’autre quatre-vingt-dix. Le plus grand était intitulé Goshinyo no te et l’autre portait l’inscription Hiden ogi no Koto je ne pense pas qu’une autre personne au monde ait reçu du Maître ce genre de certificat. Tomiki Sensei avait reçu son manuscrit un peu avant moi.
Pourriez-vous nous parler de votre association avec TOMIKI Sensei qui, comme vous-même, étudia à la fois avec Jigoro KANO Sensei et Morihei UESHIBA Sensei ?
En fait, il y a quelques jours, un élève de Tomiki Sensei était ici et nous avons beaucoup parlé. Tomiki Sensei et mon frère étaient nés le même jour de la même année et ils sont devenus des amis très proches. En ce qui me concerne, cela n’a jamais été le cas. Il avait commencé l’Aïkido environ cinq avant moi et il était mon ancien dans cette discipline. De plus c’était un universitaire et j’ai beaucoup appris grâce à ses écrits. Toutefois, si je pense qu’une personne se trompe , je n’hésite pas à le dire. J’ai été souvent très franc, même avec Ueshiba Sensei. Eventuellement, après avoir été remis à ma place, je réfléchissais de nouveau. En fait, à deux reprises, il m’est arrivé d’avoir raison contre Tomiki au cours de nos discussions. La première fois c’était au sujet de la manière de sortir un Katana de son fourreau. Sa Façon de dégainer était incorrecte et je la corrigeai. L’autre fois il s’agissait de ses efforts pour transformer les arts martiaux en sports. Je lui dis ceci: “ Sensei, vous pouvez parlez de la transformation des arts martiaux traditionnels en activité sportive, mais je n’ai aucunement l’intention de vous suivre dans une telle entreprise. “ Il me contredit en affirmant: “ Si vous ne transformez pas les disciplines anciennes en sport elles sont condamnées à s’étioler puis à disparaître. “ Mon sentiment à ce sujet était exactement le contraire du sien. Je pense que le jour où les arts martiaux japonais seront devenus des sports ils seront morts. Les sports mettent l’accent sur l’amusement de gagner et de risquer de perdre et même l’aspect d’éducation physique prend une importance secondaire. Ils sont complètement dépourvus d’une formation de la personnalité. Ce n’est pas le cas des disciplines martiales. Si le fleuve des arts martiaux japonais venait se perdre dans la mer des activités purement sportives, ils seraient sans le moindre doute pollués de façon irrémédiable avant d’avoir fait cent mètres.
Que pensait Maître KANO de cette transformation du Judo en un sport ?
KANO Sensei et Ueshiba Sensei insistaient tous deux sur le fait que les arts martiaux ne devaient pas devenir des sortes de jeux. Le célèbre historien Arnold Toynbee écrivit un jour quelque chose comme : “ La culture est née dans un pays déterminé. Si elle grandit progressivement et s’étend pour devenir un phénomène mondial, elle cessera à ce moment d’exister dans son pays d’origine. De plus, elle ne retournera jamais à son lieu de naissance. C’est un fait historiquement prouvé. ” Le Bouddhisme aux Indes, le Christianisme en Israël et le Confucianisme en Chine sont tous de bons exemples. C’est quelque chose que nous devrions surveiller attentivement en ce qui concerne les arts martiaux. Si l’Aïkido et le Judo deviennent un jour partie intégrante du monde des sports, ils seront certainement détournés de leur fonction initiale et deviendront des sortes de jeux qui généreront des vainqueurs et des vaincus, des forts et des faibles. Leur intérêt comme méthode de formation spirituelle et développement harmonieux de la personnalité disparaîtra. Ce sera l’extinction des arts martiaux. C’est très satisfaisant de voir que les arts martiaux japonais s’étendent au monde entier mais il ne faut pas qu’ils soient pervertis par l’esprit de compétition et de jeu; Ueshiba Sensei et KANO Sensei avaient en commun le concept de wa no seishin ( esprit d’harmonie ). Cela impliquait un développement simultané de soi et de l’autre, vous et votre partenaire faisant ensemble des progrès. En matière de sports cependant, la situation est très différente. Il faut écraser son adversaire et apparaître comme seul vainqueur. C’est le principe des sports de compétition et ça ne marchera jamais. Les temps ont changé et l’on entend couramment les gens se demander si les Américains ou les Russes vont gagner la course aux armements. De semblables bavardages risquent d’amener l’extinction de la race humaine. Cette mentalité compétitive risque de provoquer la fin du monde car elle ne tient aucun compte de l’esprit de coopération et de préservation de l’humanité. Les civilisations occidentales reçoivent un peu de cet esprit grâce à l’enseignement de leurs églises, mais ici au Japon, nous n’apprenons rien de semblable dans nos temples ou dans nos lieux de culte. Les arts martiaux doivent lourdement insister sur le développement des qualités morales, surtout chez les jeunes. Quand je parlais des ces choses avec Tomiki Sensei, il ne trouvait rien à me répondre. Il ne disait rien. Il agissait comme s’il n’était pas nécessaire de répondre à quelqu’un d’aussi obstiné que moi, comme si les enfants n’avaient qu’à continuer à faire ce qu’ils avaient toujours fait et que tout irait pour le mieux. Une situation qui peut conduire à la délinquance existe quand un jeune quitte l’équipe sportive dont il est membre et cesse de voir ses amis. Les entraîneurs ne sont intéressés que par les membres actifs du groupe et par leur capacité de gagner. Ils ne font généralement pas attention à ceux qui s’en vont car la victoire seule a pour eux une importance. Dans les sports il n’y a aucune place pour les faibles et les incompétents. Personnellement, je souhaiterais plutôt voir certains sports se transformer en arts martiaux afin qu’ils s’intéressent un peu plus au développement spirituel et à la prévention de la délinquance. Ils devraient être aussi un peu plus concernés par le devenir des jeunes gens qui ne causent aucun problème à leurs parents et qui s’entendent bien avec leurs enfants. Ils pourraient aussi encourager les bonnes relations entre maris et femmes. Si vous parlez d’amour alors il vous faut introduire le concept opposé de haine tandis que si nous parlons d’harmonie, nous introduisons aussi la notion de raison. L’amour est une émotion qui ne peut pas exister seule. Il doit être fermement soutenu par une étiquette correcte ( reigi ). L’amour doit s’accompagner d’un comportement convenable. Un vieux proverbe dit: “ Même entre les meilleurs amis, une étiquette correcte doit prévaloir. “ Même entre couple mariés c’est une nécessité. Cela commence par “ bonjour “ tous les matins. A notre époque, l’étiquette a cédé le pas aux émotions brutes? Les couples pensent que rien ne compte en dehors d’une bonne santé mais dans le monde réel ce n’est pas une façon de se comporter. Un vieux dicton japonais rappelle: “ L’idéogramme ‘ personne ‘ est fait de deux coups de pinceau qui sont mutuellement dépendants. “ Les êtres humains sont des animaux sociaux. Nous pouvons manger parce qu’il y a des fermiers. Sans eux nous serions obligés de cultiver les champs pour produire notre nourriture. En d’autres termes, nous devons nous entraider. Le concept de “ seulement toi et mi “ est incorrect. L’harmonie est un mariage de l’émotion avec la raison; c’est sa nature. Les arts martiaux enseignent l’étiquette et la raison. Le moyen de diriger son esprit est aussi découvert grâce à ces disciplines. Dans les pays étrangers, ces valeurs étaient enseignées par les églises.
Vous avez été le premier enseignant qui fit connaître l’Aïkido à l’Occident. Vous êtes, je crois, allé en France en 1951.
Oui. Juste avant de partir je rendis visite à Maître Ueshiba pour prendre congé de lui. Nous étions très proches, plutôt comme un père et un fils et il n’y avait entre nous aucune flatterie ni courbette comme c’est si souvent le cas entre un professeur et son élève. Je rentrai directement chez lui et lui dis : “ Sensei, cette fois je pars en Europe. “ Il me dit alors: “ Ainsi, vous allez le faire. Mon rêve s’est donc réalisé. L’Aïkido va être mondialement connu après ça. “ Il me semble que, trois jours avant ma visite, O-Sensei avait eu un rêve au cours duquel un kami lui avait dit que l’un de ses élèves irait bientôt en Europe et que ce voyage serait à l’origine d’un développement de l’Aïkido dans le monde entier. “ Si vous y allez pour moi, alors mon rêve deviendra réalité. “ Je suis parti en Europe avant la normalisation du statut du Japon comme nation, après sa défaite à la fin de la seconde Guerre mondiale, et de ce fait, j’ai voyagé avec un passeport délivré par le Quartier Général des Forces Alliées. J’ai passé deux ans en France, j’ai beaucoup enseigné le Judo et seulement un peu d’Aïkido. Pendant mon séjour, le Championnat Européen de Judo se déroula. Il y avait une pause de trente minutes entre les demi-finales et les finales et quelqu’un me demanda si je pouvais faire une démonstration pendant cette interruption. Je trouvai six Judokas solides et les armai tant bien que mal avec un sabre en bois, un bâton, des manches à balais et tout ce que je pus trouver. Je leur dis de m’attaquer tous ensembles et que je donnerais un prix si quelqu’un arrivait à me toucher. Je leur avais demandé d’attaquer de toute leur force et ils le firent tous les six. Je fis ilimi et “ Boum boum “ les projetai tous. J’ignorais qu’une compagnie américaine de cinéma, Universal Studios, avait une équipe de journalistes sur place et qu’ils avaient non seulement tout filmé mais distribué le film dans le monde entier. Après ça, les lettres et les invitations commencèrent à arriver de partout. L’Argentine, par exemple, m’offrit un poste de Directeur de l’éducation physique. Même au Japon il y eut des effets notables. Mon fils était au cinéma quand les actualités passèrent. Il cria: “ Eh, c’est mon père! “ Plus tard il réussit à entraîner un groupe de membres de notre famille pour revoir le film. Un jour que nous avions une préparation intensive pour un championnat, je demandai aux élèves de venir s’entraîner aussi le Dimanche. Il m’expliquèrent que ce ne serait pas possible car ils devaient aller à la messe. J’ai été très surpris car je ne savais pas que les jeunes gens allaient à l’église. Je leur ai demandé s’ils n’étaient pas fatigués d’entendre toujours les mêmes histoires au sujet de Dieu. Ils me répondirent: “ Sensei, les êtres humains sont des animaux qui n’ont pas beaucoup de mémoire; “ Je pensai dans mon fors intérieur que parfois j’oubliais moi aussi l’enseignement de mon professeur et des Kamis, que je me querellais avec ma femme et mes frères. Pas de mémoires ... Je crois vraiment qu’ils avaient raison. J’avais honte de moi et je me suis mis à réfléchir à ma conduite. Nous devrions écouter plus souvent les histoires de Kami parce que nous n’avons pas de mémoire. Alors, pour la première fois, j’ai compris pourquoi KANO Sensei nous rappelait l’importance de la Voie quand il enseignait le Judo et pourquoi Ueshiba Sensei parlait souvent des Kamis pendant ses cours d’Aïkido. J’ai senti que la vraie signification des Arts martiaux se trouvait-là. Après mon voyage en Europe, d’autres élèves de Ueshiba Sensei commencèrent à visiter des pays étranger et l’Aïkido prit une importance mondiale. Pour dire vrai, à mon retour il y a trente ans, j’ai eu quelques problèmes avec Maître Ueshiba. En le retrouvant je lui avait dit: “ Je suis allé outre-mer pour faire connaître votre oeuvre et j’ai fait des compétitions avec différentes personnes quand j’étais là-bas. J’ai compris qu’il était très difficile de gagner en utilisant seulement des techniques d’Aïkido. Dans certains cas, je passais instinctivement à des mouvements de Judo ou de Kendo et cela me permettait de me sortir de situations difficiles. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je suis obligé de conclure que les techniques de Daito-ryu jujutsu ne suffisent pas dans toutes les situations. Les lutteurs ne sont pas perturbés par les chutes et roulent après avoir été projetés. Ils reviennent immédiatement à la charge et utilisent des techniques de corps à corps. Quand à la boxe française, elle va bien au delà des simples techniques de pied et de main de Karate. Je suis sûr qu’à l’avenir l’Aïkido va se répandre dans le monde entier, mais si c’est le cas, il devra élargir son éventail technique pour être capable de répondre avec succès à n’importe quelle attaque. Après avoir écouter cette diatribe O-Sensei me dit: “ Tu ne parles que de gagner ou de perdre. “ Je continuai très vite: “ Mais il faut être fort et gagner. Maintenant que l’Aïkido est connu dans le monde entier il faut qu’il soit théoriquement et techniquement capable d’affronter n’importe quel défi. “ A quoi il me rétorqua: “ Toute ta façon de penser est faussée. Bien sûr qu’il ne faut pas être faible, mais ce n’est qu’un aspect du problème. Ne comprends-tu pas que nous ne sommes plus à une époque où nous pouvons seulement même parler de victoire ou de défaite ? Nous sommes entrés dans un siècle d’amour, tu n’arrives pas à comprendre ça ? “ Vous auriez dû voir ses yeux pendant qu’il me parlait! A cette époque, je n’arrivais pas à saisir complètement le sens de ses paroles mais avec le temps elles sont devenues plus claires. C’est pourquoi aujourd’hui je ressens les choses autrement. Pendant ces quatre ou cinq dernières années, nous avons vu le monde se diriger vers une guerre capable de réduire la population du globe des deux tiers. Dans une telle atmosphère comment pouvons-nous encore jouer avec ces concepts de victoire ou de défaite ? C’est pourquoi je ressens sincèrement, du plus profond de mon coeur, que les conceptions du Maître sont exactement le genre de budo que je veux promouvoir. Je crois avec passion qu’il devrait exister des mots pour faire connaître au monde d’aujourd’hui les idées et les pensées de Ueshiba Sensei. Mais il nous faut aussi des techniques comme support pédagogique de cet enseignement. Il est indispensable de pouvoir l’exprimer en mots et le réaliser en actes.
A quelles activités occupez-vous votre temps, Sensei?
En ce moment j’écris beaucoup. Le Judo connaît un développement explosif mais de trop nombreuses personnes ont oublié Jigoro KANO. Ce faisant elles ont aussi oublié ce qu’il disait. Nous en sommes arrivés au point où certaines personnes affirment que si elles essayaient de suivre son précepte de “ bien-être et bénéfices mutuels “ elles ne pourraient plus avoir l’efficacité nécessaire pour faire une compétition! C’est pourquoi, en ce moment même, j’attaque le Kodokan. Je suis devenu le “ persona non grata “ numéro un de cette institution ces jours-ci. Mais ma mission dans la vie est de trouver le meilleur moyen de rendre la pensée et l’esprit de KANO Sensei et de Ueshiba Sensei les plus vivants et les plus accessibles à tous. Le temps passe vite, vous savez!
Sensei, enseignez-vous tous les jours?
Oui. J’ai différents instructeurs pour le Karaté et l’Aïki. Il y a trois entraînements par semaine pour l’Aïkido et trois pour le Karaté, et le vendredi nous les étudions tous les deux ensemble. De cette manière, les pratiquants de chaque discipline ont une certaine connaissance de l’autre. Il est nécessaire de connaître les deux méthodes. Toutefois, quoi que nous fassions, Elles restent séparées. A notre époque, les gens ont des esprits analytiques et veulent diviser les domaines; bien peu essaient d’en faire la synthèse. Ils se sont européanisés.
Avez-vous parfois l’occasion de rencontrez des élèves d’avant-guerre de Ueshiba Sensei?
Oui. Le Hombu Dojo envoie des invitations pour ce genre de réunion. Tomiki Sensei était le plus ancien du groupe mais il nous a quitté récemment. Je reste ainsi le plus ancien des pratiquants du passé. Messieurs Iwata, Shioda, Yonekawa, Shirata, Kamada et quelques autres viennent à chaque fois. Oui, il n’y a personne à notre époque qui vaille Ueshiba Sensei, et je connais beaucoup de monde. Jigoro KANO Sensei était lui-aussi un homme remarquable. Qu’ils aient pu prendre des formes classiques de jujutsu et de bujutsu et les modeler pour en faire des Voies chevaleresques, que leurs créations soient devenues des arts prospères, est un tribut à la merveilleuses philosophie de la “ prospérité mutuelles “. Ces deux Maîtres, Ueshiba Sensei et KANO Sensei sont, sans le moindre doute possible, les plus impressionnants des grands éducateurs de ce siècle. J’ai eu la chance de les avoir tous deux comme professeurs et cela suffit pour que je joigne les mains et que j’en remercie les Kami. Je ne pourrai jamais les remercier suffisamment.
Témoignages Souvenirs de Minoru Mochizuki Senseio Cela fait deux ans que Mochizuki Sensei nous a quittés. Nombreux sont ceux qui se souviennent de lui pour ses techniques de sutemi, son approche intensive et pratique à l’entraînement de l’aïkido et ses discours sur l’entraide et prospérité mutuelle ainsi que sur l’évolution. Cependant ses élèves directs, dont certains avaient gardé avec lui pendant trente à cinquante ans des liens qui durèrent jusqu’à la fin de sa vie, se souviennent de lui pour ses qualités humaines et en tant que professeur. Ceux parmi nous qui eurent le privilège de vivre avec lui au dojo furent témoins de sa vie quotidienne : c’était un enseignement continu pour ceux qui observaient. Kancho Sensei (Mochizuki Sensei) était connu pour sa générosité, ce qui est la qualité primordiale d’un professeur. Une des leçons que nous apprîmes de Mochizuki Sensei, c’est que l’on ne peut partager que ce que l’on a. C’est d’abord en se traitant soi-même bien que l’on peut apprendre à bien traiter les autres. Pour lui, la générosité se voulait être sage : donner en fonction des besoins, non en fonction des désirs. Il avait construit un dojo avec hébergement, afin que ses élèves puissent avoir un endroit permanent pour étudier, s’entraîner et vivre. Sensei et Okusan (Madame Mochizuki) vivaient au dojo parmi les uchi deshi ; ils logeaient dans un espace restreint de deux chambres au second étage. Sensei avait une résidence en ville, mais il préférait vivre au dojo afin d’être présent pour ses élèves et les visiteurs. Kancho Sensei et Okusan mangeaient simplement, mais leur réfrigérateur était toujours rempli et ouvert à tous. Un visiteur n’avait qu’à se présenter ou rester tard le soir et un festin pouvait facilement être préparé. Mettre ses ressources matérielles à la disposition des autres est une grande marque de générosité. Mais il y a une plus grande marque de générosité : c’est de se rendre disponible aux autres. Souvent Mochizuki Sensei restait après l’entraînement pour enseigner et donner des détails. Lors d’un grand stage en Europe, alors que la plupart des autres professeurs étaient déjà partis pour aller faire des emplettes et visiter la ville, il était encore en train d’enseigner. Plus tard il nous dit : « Demain je serai peut-être mort, alors il n’y a pas de temps à perdre ! » Au dojo, sa porte était toujours ouverte. Souvent il restait assis à une petite table près de l’entrée. Cette table était toujours couverte de stylos, de crayons, de dictionnaires, de coupures de journaux et de manuscrits. Au dessus de la table, sur le mur, il y avait une grande carte du monde. C’était l’endroit où il lisait et écrivait le plus souvent. Il y prenait même son petit déjeuner. Kancho Sensei se levait tôt et préparait son petit déjeuner lui-même. Il aimait particulièrement le pain, le beurre, la confiture et le café au lait. Il mangeait tranquillement à cette petite table, tourné vers le soleil levant. Puis il lavait sa vaisselle – une chose qu’il faisait toujours lui-même – et lisait le journal. Lorsque le courrier arrivait, il l’ouvrait immédiatement, puis appelait l’un d’entre-nous si une traduction était nécessaire et répondait immédiatement. Si quelqu’un voulait lui parler, Kancho Sensei se rendait immédiatement disponible pour le rencontrer. Il arrêtait ce qu’il faisait – quoi que cela fût – et il nous écoutait attentivement comme si nous étions la personne la plus importante au monde. Puis après la rencontre, il retournait à son occupation, comme s’il n’y avait eu aucune interruption. Même plus tard, lors de ses dernières années, Kancho Sensei passait ses journées à se préparer afin d’être en condition optimum pour enseigner sa classe du soir ; pour cela, il faisait plusieurs siestes. La règle était de le réveiller si quelqu’un se présentait. Sa présence d’esprit ne baissait jamais. Il se réveillait et engageait la conversation comme de si de rien n’était. En ce qui me concerne, je trouve cet enseignement particulièrement difficile à mettre en pratique : je me trouve en plein milieu d’une activité qui nécessite toute ma concentration ; quelqu’un arrive ou m’appelle et exige mon entière attention (et bien souvent, c’est pour une affaire qui pourrait attendre.) Mais en observant l’exemple de Kancho Sensei, j’en suis venu à me demander quelles seraient les conséquences si je manquais ce moment important où une personne serait venue de loin pour me parler ou bien lorsqu’elle n’aurait personne d’autre pour l’écouter. Vivre dans l’intimité de Kancho Sensei, c’était comme vivre sur un sol sans aucun fondement. Si l’on s’attendait à ses questions à des réponses définitives et garanties, le Yoseikan n’était pas l’endroit pour cela. De nombreux élèves abandonnèrent à cause de leur incapacité d’accepter cette sorte de tension constante ; ils ne pouvaient fonctionner au-delà de leur zone de confort. Un de mes professeurs m’avait dit peu après mon arrivée au dojo : « Entraîne-toi à ne pas être surpris ! » ce que je pus traduire par : « Sois prêt à t’attendre à l’inattendu ! » Mis en pratique, les enseignements de Mochizuki Sensei se révèlent dans l’évolution constante de l’art – ces techniques qui jaillissent à l’improviste pendant le combat libre en réponse à de nouvelles situations. C’est omote. Mais surtout, ils se révèlent dans la manière dont nous pensons et vivons notre vie quotidienne, ce qui est la résultante de s’entraîner à accepter quoi qu’il advienne et voir ce que l’on peut faire avec cela. C’est ura. Telles sont les normes que Mochizuki Sensei nous a léguées afin que nous puissions nous aventurer en territoire inconnu avec confiance et partager ses enseignements avec les autres. Le courant spirituel qu’il reçut de ses maîtres continue à couler en ceux de nous qui ont accepté sa généreuse invitation à mettre ses enseignements en pratique et à en faire notre shugyo. Patrick Augé
Une vie dédiée aux arts martiaux Minoru Mochizuki est décédé le 30 mai 2003. Il était parti, dans son sommeil, sans souffrir. Cela faisait deux ans qu'il était alité, depuis juin 2001. Pour lui ça a été la période la plus dure.
Ainsi, cette idée de synthèse est née en Europe ? Oui, à partir de là je pense que son esprit s'est ouvert à l'idée de synthèse. J'étais encore en deuxième année de lycée. Quand il est rentré d'Europe, il parlait de synthèse et il a commencé à combiner un peu les techniques de judo et les technique d'aïkido. Pour lui, il s'agissait de trouver un sens d'efficacité dans un esprit de self-défense ; et aussi d'effectuer un retour aux sources des samouraïs, parce que les samouraïs devaient savoir tout faire : monter à cheval, utiliser la lance, letachi [sabre long], faire des combats au sol, projeter… C'est pour ça que j'ai fait de la boxe anglaisec'est mon père qui me l'avait demandé. J'ai pratiqué avec un ex-champion poids plume qui s'appelait Me Kushida. Il avait une salle à Shimizu, pas très loin de Shizuoka. Maintenant cela fait partie de Shizuoka mais à cette époque Shimizu était une ville séparée. C'est là que je suis allé pour apprendre les techniques de poings. Mon père m'avait sûrement envoyé là parce que lui même n'avait pas étudié les atemis et les arts de poing comme la boxe. C'est aussi pour compléter son idée de synthèse que je suis allé chez Me Koïzumi qui habitait à 70 km de Shizuoka, à Okitsu. C'était un maître qui enseignait les kobudo d'Okinawa, et j'ai appris avec lui le tonfa, le nunchaku, le saï. Avec mon père, j'avais déjà été formé au kobudo japonais de style Katori. Quand je suis entré à l'université, j'ai tout de suite commencé à étudier le karaté. Ça aussi c'était l'idée de mon père : il voulait compléter par mon intermédiaire quelque chose qu'il ne pouvait pas faire parce que, pour lui, c'était trop tard pour apprendre. Donc il m'a confié cette partie. Par chance, je suis très vite arrivé à un bon niveau grâce à mes bases de judo qui me servaient sur le plan de la stabilité, mais aussi grâce à l'aïkido qui m'avantageait pour le taï sabaki. Le déplacement était naturel pour moi, donc c'était plus facile. Grâce à ce bagage je suis devenu le premier Japonais a présenter le karaté en Europe, en 1957. À cette époque je n'avais toujours pas réussi à faire la synthèse. J'ai essayé, j'ai essayé encore, mais c'est très difficile. Parce qu'en karaté on a toujours une position d'équilibre au sol. Donc on attaque, on revient et on maintient toujours cet équilibre. Le judo, c'est le contraire : quand on est équilibré au sol, il est impossible de projeter, il faut soit même se déséquilibrer pour projeter l'adversaire. Réaliser la synthèse, c'était donc vraiment dur. C'est comme si pour faire un arbre on ramassait des branches et qu'on essayait ensuite de les À partir de là tous les éléments du puzzle se sont mis en place naturellement. Par exemple, quand on observe le « service » de tennis on visualise une onde qui part du pied et qui, au bout, envoie Tout est parti de là : atemis, projections, les armes aussi. Le travail du sabre c'est comme une Plus tard, comme je le disais, j'ai trouvé un autre système pour tout intégrer. J'en ai compris, découvert, la base et en suite je l'ai progressivement développée sous forme de méthode sous l'appellation «Yoseikan Budo», choisie en hommage à mon père (la première dénomination était «Yoken »). Et finalement c'était juste puisque cela a démarré avec l'idée de «synthèse» de mon père. A partir de là, naturellement, on peut tout faire mais ce n'est plus de l'aïkido, ce n'est plus de l'aïkido, ce n'est plus du judo, ce n'est plus du kendo, c'est complètement autre chose. Où est né votre père ? A Shizuoka en 1907. Et qu'est-ce qu'il a fait? du judo? de l'aïkido? Son père faisait du kenjutsu, de l'école Itto Ryu. Son grand-père maternel était un grand maître Me Kano était déjà un grand Maître et il ne faisait que superviser les cours, démontrant parfois C'est en quelle année ? Je ne sais pas exactement. Mon père a ouvert son 1er dojo quand il avait 25–26 ans, environ. Il devait avoir 21–22 ans à cette époque. Vers 1928, probablement.Me Kano lui a donc proposé d'aller étudier l'aïkido, car il voyait que toutes les anciennes méthodes, comme le jujutsu commençaient à tomber en désuétude. Les anciens professeurs n'arrivaient plus à vivre avec les arts martiaux : les temps avaient changé, sous l'influence de l'occident. Le judo, lui, se développait bien, comme une forme de sport. Qui disait sport, disait européen, et être européen cela voulait dire faire du sport. Cela a donc commencé à devenir une mode. Me Kano a pensé protéger les arts martiaux anciens à l'intérieur du Kodokan. Il a mis cette idée en pratique en sélectionnant un certain nombre de jeunes qu'il envoyait se former dans les diverses disciplines d'arts martiaux traditionnel ; puis en créant une section d'arts martiaux japonais anciens – le Kobudo Kenkyukaï – au sein du Kodokan. C'est pour ça que mon père est allé travailler chez Me Ueshiba, et qu'il a suivi une formation en Katori Shinto Ryu… Mon père a beaucoup pratiqué chez Me Ueshiba – il a eu comme condisciple Me Tomiki. La mission de mon père, de retour au Kodokan, consistait à expliquer à Me Kano ce qu'ilavait appris. Me Kano lui posait à chaque fois beaucoup de questions et il racontait : « Maître Ueshiba, aujourd'hui, il a eu telle façon d'entrer, il a fait tel déplacement, et au niveau des clés c'était comme ça». Il présentait tout ça et répétait tout ce qui avait été dit. Me Kano a toujours Où était le dojo ? Malheureusement je ne sais pas, je pense qu'il s'agissait du premier dojo de Me Ueshiba. Je ne le connais pas parce que Tokyo a été entièrement détruit pendant la 2e guerre, il ne restait plus rien. Je pense que tout a brûlé. Et là mon père a intégré le juku. Je m'explique : quand on était arrivé à un certain niveau, on avait la possibilité de vivre à côté du dojo Donc il y avait une chambre où pouvaient dormir plusieurs personnes et mon père est devenu le chef de ce groupe. Il s'occupait aussi du dojo comme élève-assistant de Me Ueshiba, comme jukusei. Maintenant on appelle ça uchi deshi. Il a été le premier uchi deshi de Me Ueshiba. Un uchi deshi c'est un « élève intérieur », C'est de cette façon qu'il s'est beaucoup rapproché de Me Ueshiba. Après la Deuxième guerre mondiale, Me Ueshiba venait très souvent voir mon père à Shizuoka. Il restait parfois un mois, parfois deux mois. Mon père avait ouvert une autre salle à Shizuoka, le 1er dojo ayant également brûlé pendant la 2e guerre mondiale. Mon père y habitait mais la famille résidait à Mochimune, à Et dans ce dojo, votre père faisait de l'aïkido, ou… ? Il enseignait judo et aïkido. Il y avait une section de chaque et il enseignait également une forme de kobudo japonais : le Katori Shinto Ryu – incluant yari, naginata, bo, jo, kenjutsu, iaï. Un des dojo de Ueshiba s'appelait aussi le Kobukan… Oui, le Kobukan, je me souviens du nom. Avant la 2e guerre mondiale, Me Ueshiba était déjà très connu dans les arts martiaux. Il était souvent invité au Butokukaï (Kyoto), – regroupant toutes les disciplines d'arts martiaux japonais. Me Takeda Sogaku, était aussi très connu dans ce milieu et Me Ueshiba était son élève. A cette époque, mon père s'occupait souvent du dojo de Me Ueshiba. Takeda Sokaku y venait de temps en temps. Mais quelques jours avant que Takeda Sokaku n'arrive, Me Ueshiba se sauvait toujours. Il disparaissait et c'est toujours mon père qui s'occupait d'accueillir Takeda Sogaku. Plus tard il a compris que celui-ci venait pour… comment dire… normalement chaque élève de Takeda Sogaku devait le payer chaque année, même après avoir arrêtés les cours. Donc Me Ueshiba devait en principe lui envoyer chaque année une certaine somme d'argent. Mais peut-être qu'il n'avait pas beaucoup d'argent parce que vivre en enseignant ce système – l'aïkido – c'était très difficile à cette époque. Donc il n'avait pas de sous, et il se sauvait [rires] et en attendant c'était mon père qui s'occupait de Takeda Sogaku. C'est d'ailleurs
Oui, le Daïto Ryu Jujutsu. Quand Me Ueshiba a commencé à enseigner, il a nommé la méthode Aïki-jujutu. Pendant la guerre, il a changé le nom en «aïkido». Le système appris par mon père avant guerre, ce n'était pas encore les déplacements circulaires, peu usités à cette époque. C'était assez strict, direct. Est-ce qu'ils travaillaient beaucoup avec les armes, à cette période, à Iwama ? Les armes ? Non, pas tellement. Me Ueshiba montrait quelques formes de yari. Il utilisait souvent un bokken, mais presque seulement pour montrer des techniques de projection à partir d'un mouvement de sabre. Il montrait ce que cela devenait, une fois transposé. Donc Me Saïto aussi a toujours continué à montrer de la même façon que Me Ueshiba, avec le bokken. Mais il ne faisait
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Mis à jour (Mercredi, 29 Août 2012 09:30)



Minoru MOCHIZUKI est né le 7 Avril 1907 à Shizuoka. Son grand père était le dernier descendant d'une lignée de Samouraï et enseignait l'art du sabre. Son père, en revanche, n'était qu'un simple paysan qui fut d'abord l'élève du grand père avant de devenir son gendre et de prendre son nom. En 1912 la famille vient s'établir à Tokyo, ses parents l’inscrivent dans le dojo de Maître TAKEBE. Ou il commence l'étude du Judo dès l'âge de 5 ans.
diriger en juillet/août un stage de Judo au lycée de Chiba. Il est choisi par Jigoro KANO pour aller étudier l'Aïkijujutsu avec Maître Morihei UESHIBA, et le Shindo muso ryu ju jutsu auprès de Maître Koji SHIMIZU. Il devint uchideshi au Kobukan Dojo pendant une année et devient rapidement le superviseur des Uchideshi et assistant de Maître UESHIBA. Très apprécié par le Maître, ce dernier lui propose alors d’épouser sa fille et de devenir son successeur et son fils adopté ! Il décline la proposition et tombe malade peu de temps après. Il souffre d’une pleurésie et d’une tuberculose pulmonaire, il rentre à Shizuoka et reste à l’hôpital pendant 4 mois. Il sort en novembre 1931 et ouvre sa propre salle qu’il nomme
YOSEIKAN DOJO, pour cette occasion Maître UESHIBA, L’Amiral TAKESHITA, et le Général MIURA ainsi que de nombreux dignitaires sont présents. C'est à partir de ce moment qu'il commence à développer son propre style d'Aikido au sein du YOSEIKAN (maison de l'enseignement de la droiture), en
parallèle il enseigne à la police militaire et nationale. Durant l’année 1932, Maître UESHIBA lui donne deux manuscrits de transmission de sa méthode : le « Goshinyo no te" et le "Hiden ogi no koto" soit les plus hautes distinctions, sous la forme de deux rouleaux de papier. Par la suite il participe aux championnats régionaux de Judo en 1933 et reçoit le 5ème dan de Judo en 1935.
Par la suite Minoru revient plusieurs fois en France : en 1985 pour assister au 10ème anniversaire de la création de son fils : le YOSEIKAN BUDO et à cette occasion il dirige un stage d’Aïkijujitsu. L’année suivante il participe à une démonstration de Iaïdo lors du 2ème tournoi international de YOSEIKAN BUDO à Aix en Provence. Puis en 1987 il assiste au premier championnat d’Europe de YOSEIKAN BUDO en novembre, à Méru.

